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9 juin 2026

"Le trottoir, ce héros qui marche à l'ombre" - La Terre au carré sur France Inter

« Le trottoir, ce héros qui marche l’ombre » !

C’est avec ce joli titre que Trottoirs ! Une approche économique, historique et flâneuse (Editions Apogée) était l’invité de la Terre au carré sur France Inter ce mardi 9 juin. A écouter ici

« Présent dans nos rues depuis des siècles, pourtant longtemps impensé, le trottoir est devenu le lieu d’une bataille entre ses nombreux occupants. Dans ce contexte, comment réguler ce bien commun pour préserver la civilité et la résilience urbaine face à la saturation conflictuelle de ses usages ?

Le trottoir est bien plus qu’un simple bord de route ; il est le miroir de nos priorités sociales. Né à Pompéi pour gérer l’eau et protéger les piétons des chars, il disparaît pourtant au Moyen Âge, instaurant une « hiérarchie de la boue » où les plus démunis étaient relégués au centre de la rue et les plus riche sur « le haut du pavé ». Il ne renaît véritablement qu’avec l’avènement de l’hygiénisme au XIXe siècle, devenant la face visible des réseaux d’égouts et d’eau.

Longtemps considéré comme un espace gratuit et banal, le trottoir est devenu aujourd’hui une ressource rare et disputée. C’est un véritable champ de bataille où s’affrontent les usages traditionnels (terrasses, piétons) et les nouveaux géants du numérique. Des plateformes comme Amazon ou Uber utilisent cet espace comme une infrastructure logistique gratuite, créant une saturation qui oblige les villes à repenser la valeur économique de chaque mètre carré.

Face au changement climatique, le trottoir devient un outil de résilience crucial. C’est là que se joue la désimperméabilisation des sols et le retour de la nature pour rafraîchir nos rues. Enfin, le trottoir reste un espace éminemment politique : y avoir accès, c’est affirmer sa citoyenneté. Protéger ce « commun » contre la fragmentation marchande est désormais le défi majeur pour préserver la civilité urbaine ».

Merci @La Terre au Carré ! et Mathieu Vidart !

 

Et aussi :

Note : « Quel partage de l’ombre dans les villes de demain ? » (ou en anglais : « Sharing shade in tomorrow’s cities« )

Vidéo-devinette de 2 minutes : « Sans moi, pas de ville »

 

ibicity est une agence qui réalise des missions de conseil sur l’économie des projets et services urbains. Elle combine une posture opérationnelle (Références), exploratoire et réflexive. Pour découvrir le Carnet d’économie urbaine 2026 : ici.

 

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Infra-ordinaire et trottoirs joyeux :

« Ainsi vivaient-ils, eux et leurs amis, dans leurs petits appartements encombrés et sympathiques, avec leurs balades et leurs films, leurs grands repas fraternels, leurs projets merveilleux. Ils n’étaient pas malheureux. Certains bonheurs de vivre, furtifs, évanescents, illuminaient leurs journées. Certains soirs, après avoir dîné, ils hésitaient à se lever de table ; ils finissaient une bouteille de vin, grignotaient des noix, allumaient des cigarettes. Certaines nuits, ils ne parvenaient pas à s’endormir, et, à moitié assis, calés contre les oreillers, un cendrier entre eux, ils parlaient jusqu’au matin. Certains jours, ils se promenaient en bavardant pendant des heures entières. Ils se regardaient en souriant dans les glaces des devantures. Il leur semblait que tout était parfait ; ils marchaient librement, leurs mouvements étaient déliés, le temps ne semblait plus les atteindre. Il leur suffisait d’être là, dans la rue, un jour de froid sec, de grand vent, chaudement vêtus, à la tombée du jour, se dirigeant sans hâte, mais d’un bon pas, vers une demeure amie, pour que le moindre de leurs gestes — allumer une cigarette, acheter un cornet de marrons chauds, se faufiler dans la cohue d’une sortie de gare – leur apparaisse comme l’expression évidente, immédiate, d’un bonheur inépuisable.

Ou bien, certaines nuits d’été, ils marchaient longuement dans des quartiers presque inconnus. Une lune parfaitement ronde brillait haut dans le ciel et projetait sur toutes les choses une lumière feutrée. Les rues, désertes et longues, larges, sonores, résonnaient sous leurs pas synchrones. De rares taxis passaient lentement, presque sans bruit. Alors ils se sentaient les maîtres du monde. Ils ressentaient une exaltation inconnue, comme s’ils avaient été détenteurs de secrets fabuleux, de forces inexprimables. Et, se donnant la main, ils se mettaient à courir, ou jouaient à la marelle, ou couraient à cloche-pied le long des trottoirs et hurlaient à l’unisson les grands airs de Cosi fan tutte ou de la Messe en si. »

Les choses, de Georges Perec, page 35 et 36 de l’édition de La Pléiade