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10 mai 2026

"3 cheminées à la beauté dystopique"

[Billet de travail]

 

« Ancienne usine électrique des années 1970 surmontée de trois vertigineux conduits de 200 mètres de haut est un lieu à la beauté dystopique », Emmanuelle Jardonnet, Le Monde, 10/10/2024, « Manifesta se décentralise à Barcelone »

« Le lieu choisi, les « Trois Cheminées », une centrale désaffectée aux airs de cathédrale postapocalyptique située sur un terrain vague au bord de la mer, était la véritable vedette de l’événement », Isabelle Regnier, Le Monde, 10/7/2026, « Les architectes au chevet de la planète »

 

« À l’époque, la centrale thermique de Badalona s’appelle Sant Adrià I, II et III. Elle produit un tiers de l’énergie de Catalogne en brûlant du mazout, alors considéré comme le combustible le moins toxique. Pour éloigner la pollution inhérente à cette combustion, les cheminées sont construites très hautes : 200 mètres, soit plus que la Tour Mapfre et l’Hôtel Arts (152 m) ou que la Sagrada Família achevée (172,5 m). Malheureusement, c’était sans compter les nuages de poussière retombant au sol et plongeant le territoire immédiat dans des pluies noires. L’effet est si grave que Sant Adrià est déclarée « zone atmosphérique polluée » en 1983 et que les associations de voisins n’auront de cesse de faire fermer le site à cause de ces émissions dangereuses. Mais ce n’est pas le seul scandale qui éclaboussera l’usine. Juste avant cette crise environnementale, une autre, sociale cette fois, se déclenche. En 1973, lors d’une mobilisation des ouvriers réclamant de meilleures conditions de travail, la police armée franquiste les réprime en tirant à balles réelles, tuant Manuel Fernández Marquez, 27 ans. Une tragédie qui fait grand bruit et marque la lutte ouvrière de l’époque.

L’édifice continue cependant de fumer jusqu’en 2011, date à laquelle il s’arrête pour de bon et est classé bien d’intêret local. Une distinction qui souligne son rôle social, notamment dans le domaine de l’emploi, malgré sa dangerosité environnementale. De 2012 à 2017, des travaux sont effectués pour démanteler et démolir l’usine, à l’exception des bâtiments qui ont été préservés et catalogués. Après des années d’inoccupation, 2024 voit arriver Manifesta 15, un festival d’architecture qui investit les lieux, transformant le bâtiment brutaliste en un musée éphémère. Une deuxième vie à l’opposé de son passé industriel, mais qui fonctionne : plus de 87 000 visiteurs s’y pressent, faisant du bâtiment le lieu le plus visité du festival ». Lucile Souron – 6/4/2025 – Equinox Magazine, « La folle histoires des tres chimeneas de Barcelone« .

« Les Trois Cheminées constituent le dernier vestige d’un complexe industriel beaucoup plus grand aujourd’hui pratiquement disparu : la centrale thermique de Sant Adrià del Besòs. Exemple de l’architecture industrielle brutaliste des années ‘70, les Trois Cheminées sont un symbole de l’horizon de la région du Besòs –appelée « la Sainte Famille ouvrière » par l’écrivain local Javier Pérez Andújar. En plus de cette silhouette qu’aperçoivent les habitants de Sant Adrià lorsqu’ils rentrent chez eux, les Trois Cheminées constituent aussi le bâtiment le plus élevé de la côte catalane ». Source : https://www.barcelonaesmoltmes.cat/fr/-/architecture-contemporaine-%C3%A0-un-jet-de-pierre-de-barcelone

 

Et aussi :

« C’est sans doute le premier élément que l’on repère lorsqu’on arrive à Barcelone depuis l’avion ou l’autoroute. Les trois cheminées de béton blanc crème qui culminent à 200m de hauteur sont le vestige d’une centrale thermique qui a cessé ses activités en 2011. L’édifice est construit sur la commune de Sant Adrià de Besòs, une commune qui aujourd’hui est en train de planifier l’ère post-centrale.

Emblème de l’ère industrielle, pour le meilleur et pour le pire

La localisation de la centrale n’est pas anodine car une centrale thermique a besoin d’eau (et beaucoup) pour refroidir ses turbines alors quoi de mieux que le littoral barcelonais et particulièrement l’embouchure du fleuve Besòs pour s’installer ? D’ailleurs, depuis le milieu du XIXe siècle, de nombreuses industries ont fait le choix, elles aussi, de s’installer sur le littoral, pour le meilleur et pour le pire. La première centrale thermique fait son apparition sur la commune de Sant Adrià de Besòs en 1912, elle fonctionne alors au charbon. Face à la croissance de la population dans l’aire métropolitaine de Barcelone, les besoins en énergie sont toujours plus importants et la demande pousse l’entreprise Fecsa Endesa à agrandir le site et le restructurer suivant les avancées dans le domaine de la production énergétique. C’est ainsi que nos trois cheminées vont s’élever vers le ciel au début des années 1970. La centrale qui emploie alors des milliers de personnes permet de fournir de l’électricité à l’ensemble de l’aire métropolitaine de Barcelone, avec une capacité de production proche de celle d’une centrale nucléaire. Oui mais voilà, ce succès a une contrepartie environnementale importante, voire effrayante. Comme pour l’ensemble des usines qui se sont installées sur le littoral au cours du XIXe et XXe siècle, la préoccupation pour l’environnement est secondaire : les déchets liés à l’activité industrielle sont rejetés sans contrôle dans la mer ou dans les airs. À cette époque, Sant Adrià de Besòs concentrait tout ce que les municipalités de Barcelone et Badalone ne voulaient pas : une centrale thermique, un incinérateur de déchets et la station d’épuration la plus grande d’Europe. Ajoutez à cela que dans les années 1980, le Besòs était le fleuve le plus pollué d’Europe, ex aequo avec un autre fleuve d’Europe de l’est. Bref, Sant Adrià de Besòs s’était en quelque sorte convertie en une commune dépotoir. Sa centrale thermique était particulièrement connue pour la pollution atmosphérique qu’elle générait : d’abord les rejets de la combustion du charbon. Puis, lorsque le combustible a été remplacé par du fioul, ce sont des dizaines de milliers de tonnes de dioxyde de souffre qui ont été rejetés dans l’atmosphère. La commune de Sant Adrià de Besòs a d’ailleurs reçu le doux label de « zone de contamination atmosphérique » en 1983.

La reconversion, un casse-tête coûteux

Aujourd’hui, la centrale thermique n’est plus en activité. Ses cheminées ont craché leur air vicié jusqu’en 2011, année où le site a officiellement fermé. Il ne reste que la structure même de la centrale, visible de très loin grâce à ses cheminées imposantes. Au départ, l’idée était de détruire l’édifice mais une consultation auprès de la population a montré que les habitants étaient très attachés à leurs cheminées, véritable emblème de leur commune. Ces cheminées sont un repère dans le paysage barcelonais et sont surtout le témoin de l’histoire industrielle de la région : la marche vers la modernité, la généralisation de l’électricité mais aussi les luttes ouvrières et la vie de quartier qui est liée à la centrale. C’est un emblème que les adrianencs souhaitent conserver à tout prix. Le prix justement est un détail épineux de la conservation des structures de la centrale. En effet, avec près de 50 ans d’existence, le revêtement des cheminées commence sérieusement à s’abîmer : le béton qui les enveloppe est touché par la carbonatation, une réaction chimique du béton avec le dioxyde de carbone qui fragilise le matériau. Le béton a donc tendance à se fissurer et/ou se détacher. La structure métallique est donc mise à nu et va commencer à s’oxyder, fragilisant l’ensemble de l’édifice. Les travaux de traitement du béton et de consolidation de la structure s’élèvent à près de 9 millions d’euros, un coût que la commune ne peut assumer seule ! D’ailleurs, on a demandé à Fecsa Endesa de prendre en charge ces travaux, car en tant que propriétaire, l’entreprise est chargée de l’entretien. Cependant, l’entreprise considère que comme le bâtiment était voué à être détruit, elle n’avait pas à prendre en charge les travaux. Elle a d’ailleurs cédé l’édifice gratuitement à la commune, pour se débarrasser du problème ? Un vrai micmac juridico-administratif se joue donc autour de la préservation de l’édifice, classé depuis 2016 comme « Bien d’Intérêt Local » ».

Source : https://www.barceloneautrement.com/skyline-barcelone-cheminees-besos/

 

Sur youtube : The Three Chimneys – Main Venue of Manifesta 15 Barcelona