Interview dans la revue d'architecture AMC : micro-trottoir sur la valeur du vide

Intitulée « un micro-trottoir pour construire la ville », l’interview aurait pu aussi s’appeler « la valeur du vide », car, de cette bascule de la valeur du plein vers la valeur du vide, et de la fabrique vers le fonctionnement dans la durée, il est largement question tout au long de ces trois pages.
Extrait : « Évidemment, le vide n’est pas vide : il désigne, dans les rues, l’espace de façade à façade avec souvent une chaussée, des trottoirs, des bandes de stationnement et des pistes cyclables, et ailleurs les places ou jardins, voire des terrains destinés à être ultérieurement construits. Ce vide est un espace ouvert capable qui permet d’accueillir, de manière permanente ou ponctuelle, du mobilier urbain, des installations éphémères, des arbres, les « éponges » des sols non artificialisés… Le vide renvoie également à la notion d’infrastructures qui changent de nature : les espaces publics s’hybrident de plus en plus avec le grand cycle de l’eau et le végétal qui sont une nouvelle infrastructure ; l’ombre elle-même devient une infrastructure ; le trottoir devient une infrastructure de santé… Dans tous les cas, cette valeur du vide amène à raisonner différemment. Par exemple, il est admis que la valeur du plein se déprécie avec le temps, selon la notion d’amortissement, même si cette dépréciation dans le temps est souvent compensée par la hausse des valeurs immobilières. Or celle-ci repose largement sur la qualité des aménités publiques, notamment celle des espaces publics. D’un autre côté, la valeur du vide se compte sur un temps long, sur plusieurs dizaines d’années : avec les gains que représentent l’ensemble des coûts évités – les « vides » permettent par exemple d’éviter les inondations –, ou la valeur de l’habitabilité des villes et la qualité du vivre-ensemble. C’est pourquoi il me semble qu’un des changements de paradigme majeur est le décentrement de la fabrique urbaine vers le fonctionnement sur le temps long ».
Comme toute interview, elle condense plusieurs travaux, en même temps qu’elle se nourrit de multiples échanges. Merci notamment à nos clients et partenaires avec qui on a échangé dans le cadre des récentes missions d’ibicity ! (en particulier autour de la « nouvelle économie de l’aménagement », pour la SAMOA sur l’ile de Nantes, et « l’aménageur au défi de la gestion des espaces publics » pour La Fab sur la métropole bordelaise).
Ci-dessous les principales publications citées dans l’interview, ou qui l’alimentent.
– Manifeste : « Le défi du partage », autobiographie scientifique à l’occasion du Grand Prix de l’Urbanisme 2024, publié dans La ville à l’usage, Editions Parenthèses
– Note : « Quel partage de l’ombre dans les villes de demain ? », La Fabrique de la Cité, novembre 2025
– Article : « Financement des services urbains : pour un nouvel imaginaire. Eau, chaleur et ordures ménagères au défi de la sobriété », avec Espelia et Partie Prenante, 2025
– Etude : « Transparence sur les ZAC » pour Idheal, 2024
– Livre : Trottoirs ! Une approche économique, historique et flâneuse, 2026 (nouvelle édition)
Rendons à César : la « valeur du vide » avait été évoquée par Jérôme Goze, à propos du « vide » formé par Central Park. Le « prix du vide » est également évoqué par le maire de Villeurbanne, Cédric van Styvendael, dans le rapport remis en février 2025 par l’ANRU (« Ensemble, refaire ville » : « le « prix du vide » visant à permettre systématiquement une nécessaire désimperméabilisation des surfaces artificialisées est à intégrer, de même que le principe d’une densité acceptable pour les habitants qui pèse sur les recettes de toute opération »). Quant à l’idée de la livraison comme point de départ de tout projet, elle a été soufflée par la paysagiste Sabrina Hiridjee de Degré Zéro.